Erreur de parcours par AudreyAuFilDesPages

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Il y a des jours comme ça où on sent que l’avenir nous sourit, le succès est à portée de la main, le soleil brille tout ça tout ça… et puis on se prend les pieds dans le tapis.

7 heures. Le réveil sonne et Bénabar me chante de « me cacher sous les draps, on commandera des pizza toi la télé et moi… » Réprimant un soupir d’envie, j’enclenche mon pilote automatique : me lever et aller jusqu’aux toilettes pour le pipi matinal (un seul œil ouvert pour éviter de me réveiller trop vite et aussi les erreurs de trajectoire dans la maison), ensuite direction la salle de bains. Cette fois j’ouvre mon deuxième œil. Va bien falloir que j’émerge. J’enfile ma tenue de travail de tous les jours mais sans aucun plaisir : chemise blanche, pantalon noir. Si je m’arrête là, on a presque l’impression que je suis serveuse. Mais c’est sans compter ma splendide veste vert forêt avec la cravate assortie et le petit badge qui va bien « conseillère MégaPhone ». Voilà. Je suis vendeuse. En téléphonie. Rien de honteux non. Rien de transcendant non plus. En fait, je passe ma journée à convaincre de pauvres gens qu’il ne seront jamais tout à fait heureux s’il ne font pas l’acquisition du tout dernier téléphone tactile-à reconnaissance vocale-GPS intégré-applications de folie-voire peut être qu’il te fera ton café si tu lui demande gentiment. Et ça marche bien.

Bon, au début j’avoue c’était pas terrible. Quand je suis arrivée un peu tremblotante pour mon premier jour, ma chef m’avait expliqué gentiment, mais fermement avec un éclair un peu revêche dans le regard maintenant que j’y pense, la devise de MégaPhone : Si un client passe le seuil du magasin il ne doit en aucun cas ressortir sans rien. Ok. Ah oui et aussi la phrase d’accueil à ne surtout pas oublier : Bonjour, heureuse de vous accueillir chez MégaPhone histoire d’entamer la conversation. Contrainte et forcée, je marmonnais cette phrase pour en finir très vite. Mais souvent mon interlocuteur ne comprenait rien et il fallait répéter. Et là, j’avais l’air d’une abrutie à son premier cours de théâtre, rouge et confuse, je répétais ma phrase d’accueil avec la mauvaise intonation, celle de la fille qui n’a pas du tout envie d ‘être là, et souvent le résultat était le contraire parfait de ce qu’il fallait. Le client déguerpissait sans demander son reste. A l’époque, ma responsable, me regardait alors d’un regard mi- désolé mi- effaré et ajoutait impitoyable que j’avais intérêt à faire mieux la prochaine fois. Et d’ajouter d’une voix menaçante « Pense à tes objectifs. Si tu n’arrives pas à me faire au moins cinq ventes d’ici à ce soir, je te laisse le plaisir d’appeler le chef de région.

L’appel de fin de journée. L’ultime punition pour le pauvre petit vendeur soumis au diktat des objectifs. Au bout du fil, une voix tantôt masculine, tantôt féminine – il y a beaucoup de turn over aussi chez les chefs- mielleuse et paternaliste attend que vous lui débitiez votre production journalière. Si la journée a été bonne, l’appel dure trois secondes et vous avez souvent droit à un tout petit « ok. A demain, bonne soirée ». Par contre, si par malheur les résultats ne sont pas ceux attendus, c’est douloureux. Il faut préparer ses arguments et y a plutôt intérêt à ce qu’ils soient solides. Oubliez les ridicules « j’ai mal dormi cette nuit, je ne suis pas au taquet, désolé » et autre « ma cafetière est en panne » vous vous ferez refouler. En fait, vous n’avez aucune excuse. Même pas le fait que la journée soit calme et que les gens, à cause de la pluie ou d’un soleil radieux, vous ont boudé pour faire autre chose. Au mieux vous aurez droit à un rapide encouragement pour le lendemain, le chef de région a parfois une vie qu’il est pressé de retrouver, mais la plupart du temps, il vit pour son travail et donc il est fort probable qu’il vous tienne la patte de longues minutes pour un bon sermon « managérial » de sa composition. Ah, j’oublie un truc très important : tout le monde se tutoie chez MégaPhone. Oui oui tout le monde. Comme si on était une grande famille unie, presque des potes. Enfin si tu produis bien parce que sinon attention au siège éjectable.

Bon bref, ça, c’était au début, il y a 3 ans. Depuis ça va beaucoup mieux. Quand j’accueille un client c’est avec une voix vibrante de conviction, presque d’émotion j’aimerais dire et surtout j’y vais de ma petite blague pour les convaincre que chez MégaPhone, les filles sont trop sympa, on se sent en confiance, non sérieux je te jure, vas-y tu ne seras pas déçu. Mes résultats sont super bons et j’ai presque plus peur d’appeler le chef de région les soirs. Une vraie réussite. D’autant que j’ai eu une super opportunité il y a six mois : ma responsable, qui ne doit pas être revêche avec tout le monde vu qu’elle a fini par s’afficher avec un bidon bien rond dont la bière n’est pas le principal responsable si vous voyez ce que je veux dire, m’a désigné moi, oui moi !, comme remplaçante attitrée pendant son congés pouponnage. J’ai donc accepté et relevé le défi avec bonheur et motivation. J’ai été une chef compréhensive mais ferme, tolérante et dynamique et je faisais les ouvertures et les fermetures. Toutes.

Aujourd’hui, ma responsable reprend sa place. Cette parenthèse m’a permis de me conforter dans mon idée : ma réussite en tant que calife à la place du calife est la preuve que je vais faire du chemin chez MégaPhone. J’ai hâte de voir son regard étonné et chargé de jalousie quant au travail accompli en son absence. Je grimpe dans ma voiture et démarre. Ma radio s’enclenche et j’entends avec un grand plaisir ma chanson préférée du moment : « Zombie » de Maître Gimms.

Tu n’es que l’ombre de toi même

Ta raison se déchire

Tu défie tes désirs

Laisse toi tomber

Retire ces chaînes

Qui te freinent et te freinent

Je chante à tue tête bien à l’abri dans ma voiture. Je me gare comme une barbare sur le parking du centre commercial où se trouve mon magasin et m’avance d’un pas de conquérante. Lorsque je franchis le seuil du magasin, l’aire de vente est déserte et j’entends la voix de ma responsable en train de chuchoter dans la réserve. Intriguée, je m’approche et lorsqu’elle me voit, la jeune maman rougit violemment et se détourne. Elle chuchote à nouveau quelque chose à son interlocuteur et raccroche. « Tu n’as rien d’autre à faire ? » M’agresse-t-elle, très mal à l’aise « euh.. je… » Balbutie-je « File devant tu vas louper des clients » m’ordonne t elle sèchement ». Ok. Toujours aussi revêche. Charmant.

Fin de journée, Madame la responsable consent à rompre son mutisme du matin : Allez les filles, on baisse le rideau et je vous attend derrière, j’ai quelque chose à vous dire. Le moment semble solennel.

« Laurence m’a appelé ce matin. Elle sera au magasin demain après midi. Elle va vous recevoir une par une. ». Laurence, c’est notre actuelle chef de région. Grande, blonde, à la pointe de la mode et super tendance elle a toujours beaucoup de mal à venir nous rendre visite, préférant largement les coups de fil assassins quand les résultats sont moyens. Il faut dire que notre magasin se trouve dans une minuscule galerie commerciale, elle-même située dans une toute petite ville vosgienne. C’est donc un événement qu’elle se déplace jusqu’à nous. « En fait, il s’avère que le magasin va fermer à la fin du mois, vous aller être replacées dans d’autres magasins du secteur selon vos souhaits et les places disponibles bien sûr. » . La bombe est lancée. Je regarde du coin de l’œil mes collègues qui semblent sous le choc. Pour ma part, je me garde bien d’afficher un quelconque sentiment sur mon visage mais à l’intérieur un large sourire me gagne et une musique de circonstance résonne en moi : Eye of the tiger de Survivor. Un musique qui symbolise parfaitement ma future promotion. Bon d’accord elle est un peu kitsch mais qu’est ce qu’elle donne la pêche ! Car je n’ai aucun doute sur ce signe du destin que m’envoie le dieu de la téléphonie. Après avoir cassé la baraque en tant que remplaçante, je vais accéder à ma place parmi le club très fermé des Responsable De Magasin. Avec des majuscules partout s’il vous plaît. Impatiente de savourer à visage découvert cette bonne nouvelle, je prétexte un rendez-vous médical et je me faufile sous le rideau resté entre-ouvert. Je prends sur moi pour ne pas me laisser aller à mes émotions, grimpe dans ma voiture, démarre et m’arrête au stop à la sortie du parking. A ce moment là, je ne peux plus me contenir, et je me met à hurler de joie en levant les bras les poing serrés et j’improvise une petite danse en me trémoussant sur mon siège. Malheureusement, ce n’est pas vraiment du goût du piéton qui passe à côté de moi en sursautant ni du conducteur qui vient de se matérialiser derrière moi et qui klaxonne à qui mieux mieux en agitant son index contre sa tempe….

La nuit a été courte mais je suis fin prête. J’ai soigneusement repassé toutes mes affaires, de la chemise à la veste en passant par la cravate et sans oublier mes chaussettes. Ben quoi ? Ça se repasse les chaussettes… non ? Bref, je brille comme un sous neuf. Je me passe en boucle « Gimme me the funk » de Charades tandis que je prends un peu d’avance en préparant mon discours d’arrivée à ma nouvelle équipe. Un truc sympa, pêchu avec une pointe d’humour mais pas trop quand même, on est là pour bosser après tout !

Arrivée au magasin, je prends mon poste comme d’habitude et ronge mon frein. Laurence est arrivée il y a une heure et s’entretient depuis, porte de la réserve fermée avec ma responsable. Cette dernière finit par sortir et alors que j’esquisse le geste de prendre sa place, elle agite son index de droite à gauche en l’accompagnant d’un bruit très énervant genre « Tsss, Tss, Tss » puis ce même doigt se dirige vers l’une de mes collègues qui s’engouffre aussi sec derrière comme si elle allait à l’échafaud. Le même schéma se reproduit ensuite avec l’autre vendeuse. Je suppose que Laurence veut finir par la meilleure ce qui me réjouit. Mes deux collègues ont l’air plutôt soulagé et détendu en ressortant. Je parierais ma prime sur objectif qu’elles viennent d’apprendre que je serai prochainement leur supérieure et que cela les réjouis au plus haut point. Enfin, mon tour arrive. Je me dirige la tête haute à l’arrière du magasin et réserve mon sourire le plus éclatant à ma chef de région, qui de son côté affiche une mine glaciale. Mon expression perd un peu de son assurance et je m’assois face à elle, légèrement inquiète.

Laurence écrit mon nom sur une grande feuille blanche, le souligne trois fois – comment dois je le prendre ? – puis pousse un profond soupir.

« Je viens de rencontrer tes trois collègues et toutes sont effondrées que le magasin ferme. On peut savoir pourquoi tu es si heureuse ? » me lance-t-elle

« Personnellement, je vois plutôt cela comme une chance » Elle fronce les sourcils. « J’ai eu l’opportunité de pouvoir faire mes preuves ces six derniers mois en tant que remplaçante de ma responsable. J’ai mené à bien l’équipe, obtenu de bons résultats, à présent je suis prête pour assumer cette fonction de manière définitive ailleurs » Un sourire en coin apparaît sur son visage, ce que je prends pour un encouragement. Je continue. « Mes deux vendeuses – elle se redresse sur sa chaise vivement – enfin je veux dire mes deux collègues me reprend-je, vous ont sans doute confirmé à quel point cela s’est bien passé ». J’ai l’impression de marcher sur des œufs. Son attitude gèle peu à peu mes neurones et je n’arrive plus du tout à me souvenir du texte que j’avais préparé sous ma douche.

Elle hoche la tête en signe de négation et à cet instant, je comprend que son esquisse de sourire de tout à l’heure était moqueur et pas positif du tout.

« En fait, elles ne m’ont pas du tout dit ça. Apparemment, les responsabilités que nous avons bien voulu t’accorder pendant le congés maternité de ta collègue t’aurait monté à la tête. Tu as été prétentieuse, imbue de toi-même et ton attitude a gravement endommagé l’esprit d ’équipe de ce point de vente. »

« Tu me fais une blague ? » Je ne comprend rien.

Laurence hoche la tête d’un air désolé et méprisant.

« C’est quand même pas de ma faute si le magasin ferme, si ? »

Elle abat son poing sur la table. Je sursaute. Elle à l’air furieux. Elle reprend l’instant d’après d’une voix sèche « Tu vois, tu continues ! Le monde ne tourne pas autour de toi. MégaPhone restructure ses points de vente, essaye de repenser ses méthodes et son organisation, tu n’as rien à voir là dedans. Bon, reprenons sur le but de ma présence ici qu’on en finisse. As tu réfléchi au secteur dans lequel nous pourrions essayer de te replacer ? »

« Eh bien en fait peu importe l’endroit du moment qu’il s’agit d’une place de responsable où à la rigueur adjointe dans un premier temps tout me va. »

Cette fois, elle se permet carrément de rire à gorge déployée. Limite les larmes aux yeux. Je me sens extrêmement vexée et en colère qu’elle puisse se foutre de moi comme ça .

« Écoute moi bien ma cocotte - !!! – tu as été une brave fille et tu nous as bien rendu service pendant l’absence de ta responsable. Mais tu n’as absolument pas les épaules ni les capacités pour diriger une équipe. Bosse encore gentiment quelques années et après on en reparlera, d’accord ? En attendant, je prends note de ta mobilité. Tu recevras ta nouvelle affectation par courrier comme les autres. Elle agite vaguement la main en signe de congés et ne me regarde plus trop occupé à griffonner quelque chose sur sa maudite page blanche.

Je suis sous le choc. Tellement abasourdie que j’obéis comme un automate. Je me lève et me dirige vers la surface de vente. Je constate avec horreur que la porte est restée ouverte pendant tout l’entretien, permettant à mes collègues et éventuellement quelques clients de profiter de notre échange, vu le volume de la voix de Laurence. D’ailleurs, je surprends différents types de regards : celui du couple devant la vitrine est clairement compatissant et gêné, plutôt moqueur pour mes collègues et clairement goguenard et revanchard pour ma responsable. Incapable d’en supporter plus, je me détourne et m’affaire de l’autre côté du magasin, nettoyant la vitrine, replaçant d’un demi-millimètre un téléphone qui n’en avait nullement besoin tout en essayant de me faire oublier. Je n’étais déjà pas bien grande avant d’aller à mon entretien, 1 mètre 53 pour ceux que ça intéresse, là je crois que je ne fais plus que 50 centimètres. Je m’arrange même pour être très affairée avec un client lorsque Laurence s’en va, histoire de ne pas avoir à la saluer ni lui souhaiter une bonne journée alors que j’ai juste envie de lui fourrer ma cravate amoureusement repassée ce matin dans sa vilaine gorge histoire qu’elle s’étouffe avec. Antisocial, tu perds ton sang froid.

Après quelques heures de travail particulièrement pénibles à éviter tout échange de quelque nature que ce soit avec mes collègues, l’heure de la libération sonne. Un au revoir de la main suffira pour ce soir, pas envie de les bécoter ces Judas en jupon ! Il faut que je me hâte de rentrer chez moi pour pouvoir laisser libre cours à ma colère sans ça je crois que je vais en étriper une. Comment interpréter ce revers honteux que je viens de subir ? Elles sont jalouses, forcément ! J’ai si bien bossé qu’elles n’ont pas supporté et elles m’ont cassé par derrière. Déjà quand j’ai été nommée remplaçante elles devaient être verte… Tout le long du retour à la maison, j’alimente ma colère…

… qui retombe comme un soufflé une fois dans mes quatre murs. Tous les efforts fournis jusque là me semblent maintenant vains. Je pensais avoir trouvé ma voie mais il s’agit d’une voie de garage. Sans issue. Circulez y a plus rien à voir ! Je m’effondre sur mon lit et éclate en sanglots. Je pleure toutes les larmes de mon corps dans les quatre coins de l’appartement : la chambre, sous la douche, sur le rebord de la fenêtre du salon, la tête contre la vitre et même aux toilettes. Je pleure de tristesse de voir mon avenir professionnel s’écrouler, je suffoque en repensant à la honte que j’ai ressenti face à tous ces gens qui m’ont vu me prendre les pieds dans le tapis. Et les mots de Laurence me reviennent comme autant de petits coups de couteau dans mon amour propre endolori. Son attitude hautaine me fait réaliser que je n’ai pas l’importance que j’imaginais. Je suis juste une employée Lambda qui a eu brièvement des rêves de grandeur.

Je m’observe à présent sans complaisance dans le miroir. Et une autre pensée encore plus désagréable vient me frapper de plein fouet. Malgré mon envie de la museler pour ne pas avoir à accepter cette nouvelle vérité, je me fais violence et formule à haute voix ce que je viens de comprendre : c’est de ta faute si tu en es arrivé là. Si tu réfléchis bien tu mérite ce qui t’arrive. Tu as changé d’attitude avec tes collègues ce qui t’as fait te les mettre à dos. Tu t’es cru plus maligne que les autres mais tu es juste une petite vendeuse de rien du tout dans un petit magasin dans une toute petite ville. Tu croyais quoi hein ? Pauvre sotte !

Je m’arrête là car j’ai de nouveau les larmes aux yeux. Les faits sont là. J’ai pris la grosse tête. Pour rien. D’autant que si je suis pleinement sincère avec moi, ce boulot ne m’a jamais vraiment plu. J’ai fais des efforts parce que j’aime qu’on m’apprécie et j’aime bien faire les choses mais au fond je ne suis pas épanouie . Et je ne l’aurais jamais été. Je m’endors épuisée. Demain est un autre jour. Qui ne m’apporte pas vraiment d’apaisement ni de solution quant à la suite à donner à tout cela. La journée puis la semaine défile et j’essaie tant bien que mal de faire bonne figure au boulot. Nous avons commencé gentiment à faire les cartons pour vider le magasin avec pour consigne d’en dire le moins possible aux clients. Car en attendant, les objectifs courent toujours et ils n’ont pas besoin de savoir que la semaine prochaine à la même heure, le rideau demeurera obstinément fermé. Honteux ! Je suis de plus en plus révoltée par ce que j’en étais arrivée à considérer comme normal. Toute cette gestion avec pour seul but un maximum de profit au mépris des consommateurs me débecte.

Vendredi soir, en rentrant, un courrier du siège de MégaPhone est arrivé chez moi. Demain est le dernier jour et lundi je suis censée démarrer quelque part mais je ne sais toujours pas où. Alors que mes collègues, elles savent qu’elles se retrouveront ensemble dans un autre point de vente à seulement 30 kilomètres de là. J’ouvre fiévreusement mon affectation, le cœur battant : le magasin de Nancy-centre m’attend lundi à 8h00 (briefing avant ouverture oblige) pour prendre mon nouveau poste… de vendeuse. 260 kilomètres à faire tous les jours ! J’hallucine ! Mais ils se prennent pour qui chez MégaPhone sérieux ? Je chiffonne le papier de colère. M’en fous, je n’irai pas. JE. N’IRAI. PAS. La réalité vient de me frapper avec brutalité. Et un grand soulagement aussi. Elle est là ma solution et qu’importe les conséquences.

Cette dernière journée est très intense, à croire que les clients ont senti que c’était le moment où jamais de venir faire des achats chez nous. Je jongle avec les demandes de mise en ligne, les encaissements et les explications de fonctionnement. Nous fermons une heure plus tôt pour finir de vider le magasin en attendant que les livreur viennent tout chercher lundi matin. Une page se tourne. Les filles semblent émues et n’en finisse plus de se promettre de maintenir le lien et de se serrer les coudes. Je me contente de les embrasser en leur souhaitant un bon week-end.

Lundi, je n’irai pas à Nancy. Pas plus que le lendemain et aucun autre jour de ma vie. Lundi, je prend le train direction le sud ouest où mon amie d’enfance attend ma venue. J’ai besoin de me ressourcer, de retrouver un visage bienveillant, de panser mes plaies. Bien sûr, il faudra que je revienne assumer ma décision. Mais je sais que j’ai fait le bon choix. Je ne suis pas faite pour cette vie là. Je leur laisse les clients, les objectifs et – ouf ! – l’appel de fin de journée. Bizarrement l’avenir ne m’angoisse pas du tout, je suis confiante, positive et optimiste. Déjà plein de projets fourmillent dans ma tête tous plus motivant les uns que les autres et qui, j’en suis sure, me rendront heureuse. Je démarre ma voiture pour quitter cet endroit et comme un signe du destin la radio passe Bon Jovi « It’s my life » : It’s my life, it’s now or never, I ain’t gonna live forever, I just want to live while I’m alive . Je souris. It’s my life.

Publié dans : Ecriture |le 9 août, 2017 |5 Commentaires »

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5 Commentaires Commenter.

  1. le 9 août 2017 à 8 h 06 min Colombani Magali écrit:

    Super j’ai lu cette nouvelle avec grand plaisir beaucoup de talent

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  2. le 9 août 2017 à 9 h 19 min audreyaufildespages écrit:

    Merci infiniment Magali!

    Répondre

  3. le 9 août 2017 à 9 h 27 min laureline roy écrit:

    Je ne te connaissais pas ce talent de narratrice ! Je me suis régalée avec ta nouvelle. Bravo !

    Répondre

  4. le 9 août 2017 à 9 h 35 min Lalique Catherine écrit:

    Encore encore. J’ai vraiment adoré !!!

    Répondre

  5. le 9 août 2017 à 9 h 58 min audreyaufildespages écrit:

    Merci Laureline et Catherine!!! Vos compliments me vont droit au cœur! J’essaierai de mettre en ligne d’autres nouvelles ;-)

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