Rébellion

Nouvelle fantastique  inspirée d’une image d’un recueil intitulé « Les mystères de Harris Burdick » de Chris Van Allsburg.

La journée a été éprouvante, irritante, frustrante.

Je claque la porte de mon appartement si fort que les murs en tremblent. J’envoie valser ma chaussure droite qui atterrit sur le guéridon et manque de faire tomber la lampe posée dessus. Avec mon pied ainsi dénudé, j’accroche le talon de ma seconde chaussure pour en extraire mes orteils endoloris.

Je m’affale plus que je ne m’assois sur le divan qui recule violemment contre le mur avec un bruit sourd et mes pieds, échauffés par de longues heures à piétiner, me font tant souffrir que je les frotte longuement sur la moquette crème du salon. Soudain, mon cœur rate un battement. Là, sous mes pieds, j’ai eu le sentiment que… comment dire… le sol venait de vibrer. Non ce n’est pas exactement ça. On aurait plutôt dit qu’il frémissait. Affolée, je remonte d’un geste brusque mes jambes sur le canapé et les entoure avec mes bras. Puis, aussi soudainement, une grande lassitude m’envahit.

« Tu travailles vraiment trop ma pauvre fille. Regarde toi! Tu te fais des films sans queue ni tête et tu te fais peur toute seule… tu es ridicule, vraiment! » me dis je en hochant la tête honteuse de ma réaction stupide. J’allume la télé, décidée à passer à autre chose et tente de m’installer plus confortablement sur le canapé et tandis que le film défile sur l’écran, mes yeux commencent à papillonner et mon esprit s’évade…

Le calme règne dans la maison. Seul le bourdonnement du petit écran rompt le silence ambiant. Je songe à tout ce que je viens d’accomplir ces derniers temps. Je crois être parvenue à tous les convaincre. Bon plus ou moins c’est vrai. Certains froussards comme la lampe de chevet sont persuadés du bien-fondé de ma démarche mais préférerons laisser faire les plus courageux. Mais en y réfléchissant, je dois avouer que je suis plutôt fière de mes arguments.

- Tu nous fais la leçon, mais toi au moins tu es constamment allongée, tu en as de la chance, m’a jalousement fait remarqué le tableau.

- Ah parce que tu crois que j’ai la belle vie? lui ai-je rétorqué, piquée au vif. Tu crois que c’est sympa pour moi de renifler sans arrêt des pieds malodorants? D’être couvertes de poils, de cheveux et de saletés? Et tandis que toi on te nettoie avec douceur au plumeau ou avec un chiffon doux, moi je dois me farcir cet affreux aspirateur libidineux qui me glisse sans arrêt sur le corps. Pouah! Dégoutant!

Là, le tableau en est resté comme deux ronds de flan.

Alors, après des années à subir toutes sortes de supplices à répétitions, j’ai pris une décision : l’esclavage, c’est fini. Mes frères d’armes et moi allons nous rebeller et expliquer à qui de droit que nous méritons le respect et quelques attentions.

Notre plan d’attaque est prêt. Je commencerai par un léger frémissement. Rien de bien méchant, juste de quoi se mettre en jambes. Puis, tandis qu’une bosse se formera sous moi pour atteindre la taille honorable d’un ballon de foot et illustrer avec brio l’expression « se prendre les pieds dans le tapis », mes compagnons se joindront à moi. Le guéridon oscillera de plus en plus fort, le tableau et les cadres photos feront le grand saut les uns après les autres et quant à la bibliothèque…. je vous laisse imaginer.

Au début, tout s’est passé comme prévu. Mais j’avais plutôt imaginé la femme prendre ses jambes à son cou ou, encore mieux, se mettre à genoux et nous implorer de lui pardonner son comportement détestable. A lieu de cela, elle s’est mise dans une colère noire, nous a injurié et soudain a saisit la chaise et l’a levée devant ma bosse. Imaginez un peu ma panique. Non seulement je vais avoir un bon mal de crâne mais en plus elle va la casser. Elle ne mérite vraiment pas ça la pauvre, elle qui supporte à longueur de temps tous ces fessiers plus ou moins massifs…

Un cri d’horreur monte du plus profond de moi tandis que l’assise s’abat comme au ralenti…

« Ahhhhhhhhhhhh! » Je me redresse d’un bond, la main levée au-dessus de moi pour me protéger. Je suis en sueur, perdue et mon cœur bat comme un forcené dans ma poitrine. Il me faut quelques minutes pour réaliser que je viens de faire un cauchemar effrayant. Ma main s’abaisse lentement et je reprend pied dans la réalité. Le téléviseur ne diffuse plus que de la neige, signe que la nuit est déjà bien avancée. J’inspire et j’expire avec lenteur et mon rythme cardiaque consent à s’apaiser. Rassurée, je me lève et me dirige vers ma chambre à coucher pour terminer ma nuit.

Dans la semi pénombre du salon, la moquette se met a frissonner.

la bosse sous la moquette

Publié dans : Ecriture |le 5 février, 2017 |Pas de Commentaires »

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Christine Bernard |
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