« Le témoin » d’Arcade Bigirimana

Le-temoin

Burundi. Entre 1970 et 1972.

Emilie passe son temps à faire le pitre en classe. Le résultat ne se fait pas attendre et elle est renvoyée.

Son père décide de soudoyer quelques personnes afin d’offrir une dernière chance à la jeune fille et il parvient à l’inscrire dans une autre école catholique. Emilie fait alors tout son possible pour être à la hauteur des sacrifices de son père et finit par obtenir de bons résultats et se rachète une conduite. Mais le climat ambient est délétère, une sombre menace rôde autour de ceux que l’on nomme « les nez écrasés », les hommes et les femmes nés du mauvais côté du pays.

Arrestations aléatoires, propagande, fausses accusations, tout est bon pour que le gouvernement au pouvoir et l’armée parvienne à leur but ultime: faire le ménage dans la population, « nettoyer ». Ainsi, Emilie assiste impuissante au massacre de ses camarades de classe, puis lorsqu’elle parvient enfin à s’enfuir de l’école au reste de la population.

Arcade Bigirimana dresse un portrait noir du Burundi des années 70. L’armée se sert de son pouvoir pour asservir la population et massacrer des innocents. Les descriptions dépassent l’entendement : plus c’est vicieux, plus les soldats apprécient de torturer leurs semblables et les traitent comme des déchets : ramassage des corps à la pelleteuse, entassement dans des immenses fosses communes. Bref, c’est écœurant et pourtant cela a bien eu lieu. En mai 1972 pour être plus précise.

Au delà de l’horreur du génocide, l’auteur nous dépeint aussi les paysages et les coutumes du peuple Burundais. C’est coloré, bruyant, parfumé et il y a vraisemblablement dans ce pays autant de proverbes que d’habitants!

Mais je garde cependant un sentiment mitigé de ce roman. L’écriture est un étonnant mélange de langage soutenu et populaire. Les « tu » côtoient les « vous » dans une même phrase et il a quelques erreurs de mots qui sont un peu surprenantes: « Je me suis levée de bonheur (bonne heure) » « L’herbe était grâce (grasse) ». J’ai aussi eu du mal à m’identifier au personnage d’Emilie qui nous décrit fort bien ce à quoi elle assiste mais pas tellement ce qu’elle ressent face à tant d’horreur, ses sentiments, ses émotions. J’ai parfois eu l’impression que cela ne la touchait pas alors que je suis persuadée que l’auteur – dont le père a succombé lors de ce dramatique événement – en a été profondément traumatisé.

Ce roman s’adresse à tous ceux qui veulent découvrir le Burundi et une partie de son vécu. Je ressort de cette lecture choquée mais enrichie d’une connaissance que je n’avais absolument pas concernant cet épisode de l’histoire africaine.

 

Publié dans : Livres |le 22 janvier, 2017 |2 Commentaires »

Vous pouvez laisser une réponse.

2 Commentaires Commenter.

  1. le 26 janvier 2017 à 11 h 43 min Bernard écrit:

    J’ai découvert ce roman grâce à un ami burundais. Globalement, j’ai bien aimé la lecture. L’auteur implante son récit dans les années 1972, la période la plus dramatique du Burundi.
    Le thème est grave: certains passages donnent la chair de poule et je pense que c’est le but recherché par M. Bigirimana. Ca ne me choque pas, car tous les récits que j’ai lus sur le génocide arménien, sur la shoah, etc. fonctionnent de la même manière.

    Le point positif c’est que l’auteur alterne de longs passages descriptifs où l’on découvre un Burundi gai et agréable à vivre (les paysages, les coutumes, les fêtes, etc.) avec des passages courts où l’on assiste à des scènes de violences militaires. C’est plutôt réussi.
    Après la lecture de ce roman « Le témoin », on a une idée précise de l’ampleur des massacres de 1972: des charniers ça et là, un peuple meurtri, un pays à reconstruire. C’est presque une photographie de cette période. Bernard (Fribourg, Suisse)

    Répondre

    • le 26 janvier 2017 à 20 h 52 min audreyaufildespages écrit:

      Merci beaucoup Bernard pour ta vision de ce roman. C’est très juste ce que tu en dis. Moi qui ne connaissais pas ce sombre passage de l’histoire du Burundi, cela fait vraiment froid dans le dos.

      Répondre

Laisser un commentaire

Christine Bernard |
Mes contines-Lala672009~ |
Likemybullshit |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Carnet de lecture de 3e
| Leblogdunefolle2
| Les contes de Nasreddin Hodja